C’est dans son café, Les impertinentes, que je rencontre Laurence pour la première fois. Elle me révèle que malgré sa mince expérience en affaires, elle a décidé de rejoindre sa sœur dans son aventure entrepreneuriale. Ensemble, elles ouvrent en 2016 une école de ballet, un café et une boutique. Trois commerces qui se côtoient harmonieusement, à la même adresse sur Saint-Laurent. Ici, chaque détail est soigné, le design est uniforme et la mission est sociale. Comme si Laurence et sa sœur avaient voulu écrire une ode à la féminité. Un poème doux et beau dont les subtilités cachent un message engagé.

 

Simone, Jeanne, Thérèse et Françoise, voici les noms que portent les jus servis dans le café. Toutes ces femmes ont marqué l’histoire, mais, surtout, toutes ces femmes partagent la même force. La force d’entreprendre, de porter une vision, de croire en des idéaux. C’est sans doute cette force qui anime Laurence et qui lui a permis de passer à travers les étapes les plus ardues de l’aventure entrepreneuriale.

« La veille de l’ouverture officielle, les ouvriers étaient encore en train de finaliser, c’était un chantier de construction jusqu’à quelques heures avant le party de lancement ! Pendant une semaine, on dormait 3 heures à peine pour arriver à tout faire. »

Cela dit, se lancer en affaire n’est pas qu’une épreuve de force. Cela prend aussi une bonne dose de créativité et surtout, il faut être en mesure de voir les opportunités quand elles se présentent. Résiliante, c’est une mauvaise expérience qu’a vécue la sœur de Laurence, Camille, qui a permis de planter la première graine. Comme plusieurs ballerines, elle a senti la pression de l’industrie qui promeut une image uniforme de la danseuse classique idéale et qui fait de ce sport artistique une compétition. Cette pression exercée par les hautes instances se transmet sur le marché des écoles de ballets. Pour les deux sœurs, il était donc essentiel de créer un studio pour donner des cours qui s’éloigne de l’esprit élitiste ou compétitif. Et quoi de mieux qu’un café pour permettre à leurs client.e.s de se retrouver après leurs cours.

« Comme plusieurs ballerines qui commencent à danser plus sérieusement, ma soeur a senti une pression pour changer son apparence physique. Elle et ses camarades, savaient qu’elles avaient plus de chance d’être sélectionnées pour certains rôles si elles perdaient du poids. »

Depuis sa création, l’arbre aux fruits différents pousse. D’ailleurs, Laurence compare ce mélange hybride à un petit village que les gens visitent pour vivre une expérience différente. Un lieu rassembleur où les visiteurs peuvent danser, manger et découvrir des produits en grande majorité faits par des femmes.

Le phénomène des commerces hybrides prend de l’ampleur à Montréal, la semaine dernière nous vous parlions de Bref, ce concept store à mi-chemin entre la galerie d’art et la boutique. Notre talent de cette semaine, nous révèle qu’elle peut passer des heures au 4750 rue Wellington. Là-bas, c’est une symbiose entre une librairie, une boutique et un café qui a fait naître la librairie de Verdun.

 


Ce n’est pas pour rien que Laurence a choisi Montréal pour établir son commerce. Pourtant originaire de la rive-nord, elle a préféré s’établir sur une artère commerciale plus compétitive mais très dynamique.

« On a eu un gros coup de cœur pour le Mile-End; c’est un quartier qui bouge toujours, on adore la clientèle ici et l’ambiance entre les commerçants est vraiment amicale.»

C’est vrai que son commerce s’inscrit bien dans la voie que suit notre métropole. Mais ce qui est surtout intéressant, c’est que la mission que porte Laurence s’inscrit dans notre époque. Une époque où de plus en plus de voix s’élèvent contre le sexisme, les canons de beauté et toutes les règles non écrites qui mettent de la pression sur les épaules des femmes. En ouvrant le café, Laurence voulait créer un « safe space » pour les clientes de Ballet Hop! Étant donné que ses influences vont de Rosa Parks à Misty Copeland, en passant par Frida Khalo, c’était tout à fait naturel pour elle que ses valeurs déteignent sur son entreprise. Une entreprise qui se veut une vitrine pour le savoir-faire féminin, mais aussi un lieu rassembleur.

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REMERCIEMENTS :

Photos : Olivier Clertant
Rédaction : Naïl Sousa Cordeiro